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2026/07/10

Peio Etxeleku : « Le Parti Basque est une appellation plus ouverte, plus accueillante et plus inclusive »

A l‘occasion du changement d‘appellation du mouvement qui abandonne la traduction historique de « Parti nationaliste basque » au profit de « Parti Basque, Peio Etxeleku dĂ©taille les raisons de cette Ă©volution, qu‘il prĂ©sente comme un choix de lisibilitĂ© davantage que comme une rupture idĂ©ologique.

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Peio Etxeleku : « Le Parti Basque est une appellation plus ouverte, plus accueillante et plus inclusive »

ARGAZKIA JAITSI

Le maire de Cambo revient également sur les ambitions de cette formation, sa vision de l’avenir institutionnel du Pays Basque nord et la place qu’il entend voir occuper son parti dans les prochaines années au sein de la vie politique locale.

Vous abandonnez l’appellation « Parti Nationaliste Basque » au profit de « Parti Basque ». Pour expliquer ce changement, vous expliquez que le mot « nationaliste » est parfois associé en France à des mouvements auxquels vous ne vous reconnaissez pas. Est-ce une critique que l’on vous faisait régulièrement ? Et pourquoi le faire justement aujourd'hui ?

La langue officielle de notre parti, le Parti Basque, est l’euskara. Notre nom premier est Euzko Alderdi Jeltzalea (EAJ), ce qui signifie le « parti basque jeltzale », c’est-à-dire partisan de notre devise : Jaungoikoa eta Lege Zaharra (« Dieu et la vieille loi »). Depuis plus de cent ans, nous sommes un parti d’inspiration humaniste. Cette référence à Dieu est avant tout une référence à notre humanisme, tandis que la vieille loi correspond à l’aspiration des Basques à leur liberté et à leurs institutions propres. Il s’agit, en réalité, d’un concept profondément enraciné dans le système juridique historique des provinces Basques (les fors ou fueros) et difficilement traduisible dans les autres langues du Pays Basque, le français et l’espagnol.

Historiquement, notre nom a donc été traduit par Partido Nacionalista Vasco (PNV) en espagnol. Par facilité, c’est ensuite sa traduction littérale qui a été retenue au Pays Basque nord. Or, le terme de « nationaliste » a progressivement pris des significations et des connotations très différentes de part et d’autre des Pyrénées. Lorsque nous tentons d’expliquer ce que nous sommes réellement — un parti profondément démocrate, humaniste, pro-européen et attaché aux libertés — la compréhension qu’en ont beaucoup de nos interlocuteurs vient souvent s’entrechoquer avec la connotation négative que véhicule aujourd’hui le mot « nationalisme ». François Mitterrand disait d’ailleurs : « Le nationalisme, c’est la guerre. »

Dans un monde où les messages politiques doivent être toujours plus synthétiques, percutants et efficaces, nous avons constaté que cette terminologie nous faisait perdre en compréhension et en attractivité. Dans le cadre d’une campagne électorale, cela constitue un handicap réel.

À l’inverse, nous sommes un parti qui considère que la basquitude ne s’acquiert pas par une notion ethnique, mais par le sentiment d’appartenance à une communauté et à un destin commun : celui du Pays Basque. Les Basques sont donc, pour nous, celles et ceux qui choisissent de défendre les éléments essentiels de leur identité (sa langue en premier lieu) et de construire ensemble une communauté de destin. Il n’existe pas de message plus accueillant, plus ouvert et plus inclusif.

La terminologie « Le Parti Basque » nous semble donc particulièrement en adéquation avec ce que nous sommes et avec le projet politique que nous portons.

 

Est-ce uniquement une évolution de communication ou cela traduit-il aussi une évolution idéologique dans votre manière de vous présenter aux électeurs d’Iparralde avec un message renouvelé notamment sur les questions d’autonomie et de gouvernance locale ?

Fondamentalement, cette évolution sémantique ne change rien à ce que nous sommes, à nos valeurs, à notre corpus idéologique ni au projet que nous portons pour le Pays Basque. Comme je l’ai indiqué précédemment, cette nouvelle appellation constitue avant tout une ouverture réelle pour mieux partager, faire connaître et rendre plus accessible au plus grand nombre le projet que notre parti porte pour ce pays.

Il ne s’agit donc pas d’un changement de fond, mais d’une évolution de la manière dont nous présentons ce que nous sommes, afin de lever certaines incompréhensions et de permettre à davantage de personnes de se reconnaître dans notre démarche et dans notre vision du Pays Basque.

Le Parti Basque affirme être « le parti de tous les habitants du Pays Basque ». Comment comptez-vous convaincre au-delà du cercle traditionnel des électeurs sensibles à la cause abertzale, notamment les néo-résidents mais également des habitants originaires du territoire ?

En dehors des périodes électorales, notre approche est relativement simple : intégrer tous les cercles de réflexion et de décision de la société civile afin d’y apporter notre contribution et, surtout, développer en permanence nos capacités d’écoute pour co-construire avec les acteurs de ce territoire, en particulier ceux de la société civile, les solutions les plus adaptées aux problématiques auxquelles nous sommes confrontés.

C’est exactement la méthode que j’ai pu mettre en œuvre à Cambo-les-Bains en menant un travail préparatoire et d’écoute extrêmement approfondi, à travers des rencontres avec des dizaines et des dizaines d’associations, d’entreprises et d’acteurs de notre ville. Cette démarche nous permet de mieux comprendre les attentes, les besoins et les aspirations du territoire avant de proposer des réponses politiques.

Pendant les périodes électorales, il est certain que nous chercherons, soit en nous présentant directement devant les électeurs, soit au travers d’accords de coalition déterminés par nos différents biltzar territoriaux, à renforcer notre présence, notre visibilité et notre capacité à porter nos idées au service du Pays Basque.

Lors de votre intervention, vous avez évoqué la volonté de renforcer votre leadership en Iparralde après avoir joué un rôle décisif au sein de la Communauté Pays Basque. Cela signifie-t-il que vous avez désormais l’ambition de devenir une force centrale de gouvernement local et non plus seulement un partenaire d’alliance ? Quelles sont les ambitions de votre parti pour les prochaines élections ? 

En politique, il me semble nécessaire de savoir se projeter sur le temps long et d’avoir une vision relativement précise de sa feuille de route.

Au cours des dernières années, par notre présence médiatique ainsi que par l’action de nos élus dans les différentes institutions auxquelles ils participent, nous avons fortement gagné en visibilité et même en influence. Même si nous ne parvenons pas, dans la plupart des cas, à être en position de remporter telle ou telle élection, nous avons démontré qu’à plusieurs moments déterminants de notre histoire électorale récente, nous avons constitué la force pivot autour de laquelle s’est finalement construite la majorité.

En poursuivant nos ambitions de progression, nous aspirons à moyen terme à devenir un parti central, en capacité d’exercer des responsabilités majeures. Cela passera probablement par des coalitions avec d’autres forces politiques compatibles avec nos valeurs, comme c’est déjà le cas au sein de la Communauté Autonome Basque.

Concrètement, quelle est aujourd’hui votre vision institutionnelle pour le Pays Basque : davantage d’autonomie dans la République française, une institution spécifique ou autre chose ? 

Nous sommes le parti qui a conçu et mis en œuvre le statut d’autonomie le plus ambitieux et le plus abouti d’Europe, celui de la Communauté Autonome Basque, que nous dirigeons depuis plus de quarante-cinq ans.

Je ne vais pas vous en faire un descriptif exhaustif, mais l’autonomie fiscale, l’exercice de pouvoirs régaliens, notamment en matière de police, de justice, de politique économique, d’éducation, de recherche ou encore de santé, constituent des exemples remarquables de prise d’autonomie par un territoire et ses habitants. C’est clairement, à nos yeux, et à long terme, le modèle à suivre pour le Pays Basque nord.

Pour autant, nous sommes extrêmement lucides et pragmatiques. Nous savons bien que l’histoire des deux derniers siècles et demi a été très différente de part et d’autre de la Bidassoa. Nous devons donc avancer à notre propre rythme, en respectant scrupuleusement les aspirations des habitants du Pays Basque nord et celles de leurs représentants.

Aussi, à court terme, il nous semble nécessaire de procéder à une mise à jour en profondeur du fonctionnement de l’institution actuelle, la Communauté Pays Basque, en décentralisant fortement son organisation et en redonnant aux élus de ce territoire la pleine possession de leurs capacités de décision.

Parallèlement, nous devons étudier les différentes possibilités d’évolution institutionnelle susceptibles d’emporter l’adhésion du plus grand nombre. Cette démarche devra impérativement éviter toute dérive technocratique, qui constitue un véritable travers dans lequel nous ne devons pas tomber. Les évolutions institutionnelles ne pourront réussir que si elles sont comprises, partagées et portées par la population elle-même.

Article paru dans la Semaine du Pays Basque n°1686, le 26 Juin 2026

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